La matière pilou pilou est une étoffe pelucheuse destinée aux vêtements d'intérieur : à l'origine un tissu de coton gratté en surface, aujourd'hui le nom courant de presque tous les pyjamas moelleux, le plus souvent en polyester. Vous avez peut-être vécu la scène : au rayon ou sous le papier cadeau, vous retournez l'étiquette d'un pyjama tout doux et vous lisez « 100 % polyester », alors qu'on vous parlait de pilou, ce coton de l'enfance qui grattait un peu avant de réchauffer. Personne ne vous a menti. Le mot a simplement changé de tissu en route, et il en a croisé deux autres qui n'ont rien à voir avec lui.
Le pilou est d'abord un tissu de coton dont la surface est grattée pour la rendre duveteuse. Dans le langage courant, « pilou pilou » désigne aujourd'hui tout pyjama à l'aspect moelleux, souvent en maille de polyester, plus chaud et plus léger. La composition réelle se lit sur l'étiquette, jamais dans le mot.
Pilou pilou : un mot qui a changé de tissu
Le dictionnaire Larousse est sans ambiguïté sur le sens d'origine : le pilou est un « tissu de coton, pelucheux et très inflammable ». Un coton tissé, puis travaillé en surface pour faire sortir un duvet : c'est ce que votre grand-mère appelait un pilou, et ce que l'on trouve encore dans quelques chemises de nuit.
Dans les rayons, le mot s'est ensuite élargi à tout vêtement d'intérieur à l'aspect moelleux, même sans une fibre de coton. La plupart des pyjamas vendus aujourd'hui sous ce nom sont en maille de polyester. « Pilou » n'est donc ni une fibre ni une marque : il décrit un aspect et un toucher. Sous la paume, un pilou de coton est doux, mat, à peine duveteux ; une flanelle polaire est plus lisse et plus soyeuse ; un sherpa ou une moumoute évoque une toison.
L'étiquette, elle, ne parle pas d'aspect. Elle indique les fibres et leur proportion : coton, polyester, parfois un mélange. C'est là qu'il faut regarder. Sur nos fiches, le pyjama enfant à tête de chat est décrit comme un tissu duveteux en polyester, le lapin rose comme une texture peluche épaisse, le chien moumoute comme une matière épaisse et douce : pour ce dernier, comme pour tout modèle dont la fiche ne détaille pas la composition, c'est l'étiquette cousue dans le vêtement qui tranche.
D'où vient le nom, et pourquoi le dit-on deux fois ?
Un adolescent rentre du stade en braillant le chant de son équipe, et sa mère, en pyjama moelleux, lui demande si cela a un rapport avec ce qu'elle porte. Aucun. C'est même le meilleur résumé de l'histoire du mot : trois réalités sans lien se partagent la même sonorité.
Le tissu d'abord. D'après le Wiktionnaire, il vient du breton pilhoù, pluriel de pilh, « chiffons ». Le redoublement « pilou-pilou » y figure comme une forme redoublée, synonyme de pilou ; aucune des sources que nous avons lues n'explique pourquoi on double le mot, et nous ne l'inventerons pas.
La fête ensuite. Dans le même dictionnaire Larousse, « pilou-pilou » est classé à part : une fête nocturne célébrée par les Kanaks de Nouvelle-Calédonie.
Le chant enfin, celui des stades de rugby. Wikipédia écrit que rien ne relie la danse kanak, attestée depuis le XIXe siècle, à cette chanson, dont l'origine se discute encore entre Toulon et Alger. Ces trois « pilou » cohabitent donc sans parenté : le pyjama n'a pas plus de lien avec la danse qu'avec la tribune.
Du coton gratté au duvet de polyester
Il existe deux familles, que la construction distingue bien mieux que le mot.
Le pilou d'origine est un tissu de coton dont la surface est grattée ou brossée pour la rendre pelucheuse. L'Office québécois de la langue française décrit ainsi la flanelle de coton : un tissu souple et moelleux, rendu pelucheux par un grattage ou un brossage, sur une face ou sur les deux. Les fibres de coton, relevées en un duvet court, restent des fibres naturelles.
L'étoffe moelleuse moderne est une maille synthétique à poils, de la famille de la polaire. D'après Wikipédia, l'un des premiers textiles polaires est fabriqué en 1979 par Malden Mills (aujourd'hui Polartec) : un textile isolant fait principalement de polyéthylène téréphtalate, le PET, dont la surface porte des poils de longueur et d'orientation irrégulières. Léger, chaud, il sèche vite. Une partie de ces polaires est d'ailleurs fabriquée à partir de PET recyclé, ce qu'indique l'étiquette, pas le mot « pilou ».
L'idée reçue à corriger : « pilou pilou » ne veut pas dire « polaire ». La polaire est une maille de polyester, le pilou un coton gratté, et le nom du pilou a fini par couvrir la polaire. Les deux se rencontrent dans la même penderie, sous la même étiquette commerciale.
À retenir : un pilou est un coton gratté ; la plupart des pyjamas « pilou pilou » d'aujourd'hui sont une maille de polyester à poils. Seule l'étiquette dit lequel vous tenez.
Pourquoi le pilou pilou tient chaud, et quand il fait transpirer
Pour tenir chaud, un tissu compte moins par son épaisseur que par l'air qu'il emprisonne. Les poils du duvet retiennent une fine couche d'air immobile entre votre peau et la pièce, et cet air-là isole. Plus le duvet est dense et long, plus il en retient : c'est pourquoi une moumoute à poils longs semble plus enveloppante qu'une flanelle lisse, à matière comparable.
Reste la question que l'on pose à voix basse en essayant son premier pyjama : va-t-on y transpirer ? La polaire laisse respirer la peau et sèche vite, mais le polyester absorbe peu l'humidité. Si vous avez chaud la nuit, la cause n'est pas que la matière soit « synthétique », c'est qu'elle est trop chaude pour votre chambre. Une pièce bien chauffée appelle une matière légère, un pilou de coton ou une flanelle fine ; une chambre fraîche justifie une maille plus fournie. Pour classer les matières de la plus légère à la plus enveloppante, nous avons consacré un article entier à une question : le pyjama le plus chaud pour l'hiver.
Pilou, flanelle, polaire, sherpa, moumoute : les reconnaître
La confusion vient d'un piège de vocabulaire. La flanelle, au sens traditionnel, est un tissu duveteux, à l'origine en laine cardée et aujourd'hui souvent en coton peigné. Mais dans le commerce des pyjamas, « flanelle » désigne aussi une polaire lisse et fine : c'est le sens que vous rencontrerez sur les kigurumis en flanelle, où elle est la matière la plus répandue. Entre un pilou de coton et une flanelle de coton, la frontière tient surtout au vocabulaire, car les deux sont des cotons rendus duveteux.
| Nom courant | Fibre habituelle | Construction et toucher | Indice sur l'étiquette |
|---|---|---|---|
| Pilou de coton | Coton | Tissu gratté en surface ; doux, mat, légèrement duveteux | Composition : coton |
| Flanelle (sens traditionnel) | Laine cardée à l'origine, souvent coton aujourd'hui | Tissu duveteux et doux | Laine ou coton, selon la pièce |
| Flanelle polaire | Polyester | Maille lisse et soyeuse, fine | Polyester, avec « flanelle » dans le nom du produit |
| Polaire corail | Polyester | Maille à poils longs, très moelleuse | Polyester |
| Sherpa ou moumoute | Polyester | Maille bouclée ou à poils longs, façon toison | Polyester, « sherpa » ou « moumoute » dans le nom |
Pour vous y retrouver sans tableau, trois gestes suffisent. Lire la composition avant de lire le nom. Passer la main à contre-poil : un coton gratté a un duvet court et mat, une maille synthétique des poils plus nets et plus brillants. Regarder l'épaisseur, qui dit si la pièce vise un intérieur chauffé ou une maison fraîche.
Comment laver un pilou pilou pour qu'il reste doux
Après trois lavages, le pyjama est devenu rêche aux coudes et il bouloche sur les flancs. Le premier réflexe est d'accuser la matière. Les premiers suspects sont plutôt le sèche-linge et l'adoucissant : la chaleur abîme les fibres synthétiques, et les gestes qui limitent les bouloches tiennent en quelques lignes.
- Lire d'abord l'étiquette de votre modèle : elle l'emporte sur tout conseil général.
- Laver à l'envers, à 30 °C au maximum, sur un programme délicat avec un essorage modéré.
- Se passer d'adoucissant et de sèche-linge, sécher à l'air libre, ne pas repasser.
Nos fiches de pyjamas vont même plus loin pour certains modèles : lavage doux à la main ou cycle machine très délicat, avec les précisions de l'étiquette. Entre les deux consignes, c'est celle de l'étiquette qui fait foi. Un plaid en pilou se traite exactement comme le pyjama.
Les bouloches naissent du frottement, aux coudes et sur les flancs, là où le tissu travaille. La polaire accumule aussi de l'électricité statique, qui attire poussière et poils d'animaux, et les mailles de moindre qualité boulochent davantage. Si de petites boulettes apparaissent malgré tout, un rasoir anti-bouloches suffit à rafraîchir le tissu.
Un dernier point sérieux : on l'a lu dans la définition du pilou, ce tissu est très inflammable, et la polaire l'est aussi, à la différence de la laine. Gardez ces vêtements et ces plaids à distance de la cheminée, des bougies et de toute flamme, pour un adulte comme pour un enfant. Le marquage CE, lui, ne concerne pas les vêtements : pour un pyjama, c'est l'étiquette d'entretien qui sert de référence.
À retenir : étiquette d'abord, à l'envers, 30 °C au plus, programme délicat, sans adoucissant ni sèche-linge, séchage à l'air, et loin des flammes.
Où on le porte : pyjama, combinaison, plaid
Le pilou habille d'abord le pyjama deux pièces, haut et pantalon, qu'on enfile en rentrant et qu'on garde le dimanche matin. Il se retrouve aussi dans la combinaison d'une seule pièce, dont nous avons raconté l'histoire du kigurumi, et dans le plaid qui traîne sur le canapé. Savoir la différence entre une nuit en combinaison et en deux pièces demande un autre article : nous y répondons dans notre guide : dormir en kigurumi ou en pyjama pilou pilou.
Côté ensembles, les pyjamas pilou pilou à motifs animaux misent sur un toucher de peluche à porter de l'épaule à la cheville : le lapin rose à grandes oreilles pour une femme ou une adolescente, le chien moumoute à capuche pour un homme, le chat moelleux en quatre coloris pour un enfant. Trois animaux, trois descriptions de matière : vérifiez sur l'étiquette que celle de votre modèle convient à votre chambre.
Questions fréquentes
Le pilou pilou est-il une matière naturelle ?
Le pilou d'origine, oui : c'est un tissu de coton gratté en surface. Mais la plupart des pyjamas vendus aujourd'hui sous le nom de pilou pilou sont en maille de polyester, une fibre synthétique. L'étiquette indique la composition exacte, coton ou polyester, pourcentage à l'appui.
Quelle différence entre le pilou et la polaire ?
Le pilou est à l'origine un tissu de coton dont la surface est grattée. La polaire est une maille synthétique, faite principalement de polyester (PET), dont les poils retiennent l'air et qui sèche vite. Dans le langage courant, « pilou pilou » désigne les deux, d'où la confusion sur les étiquettes.
Quelle est la différence entre la flanelle et le pilou ?
La flanelle traditionnelle est un tissu duveteux, à l'origine en laine cardée, aujourd'hui souvent en coton. Le pilou de coton lui ressemble beaucoup : la différence est surtout une question de vocabulaire. Attention, dans le commerce, « flanelle » désigne aussi une polaire lisse en polyester : lisez la composition.
Pourquoi dit-on pilou pilou ?
Le tissu vient d'un mot breton signifiant « chiffons », et « pilou-pilou » en est une forme redoublée, sans explication établie du redoublement. Le même mot désigne aussi une fête kanak de Nouvelle-Calédonie et le chant des stades de rugby, sans lien entre eux.
Un pyjama moelleux n'a pas besoin d'être en coton pour tenir sa promesse, ni d'être expliqué pour être aimé. Mais savoir ce qu'il y a derrière le mot, c'est le garder doux plus longtemps : une étiquette lue avant le premier lavage, un vêtement retourné, un séchoir près de la fenêtre. Le reste, ce sont les soirées sous la couette.


