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Tout savoir sur la chauve-souris, le seul mammifère capable de voler

Un cœur qui bat une fois toutes les trois minutes, un sonar naturel, des voyages de plus de mille kilomètres : derrière sa mauvaise réputation, la chauve-souris est un animal hors norme.

Chauve-souris en vol au crépuscule, ailes déployées

La chauve-souris est le seul mammifère au monde capable de vol battu, c'est-à-dire de voler réellement et non de planer. Elle appartient à l'ordre des chiroptères, un mot formé sur le grec kheir (la main) et pteron (l'aile), qui décrit exactement ce qu'elle est : un animal qui vole avec ses mains. Ce détail anatomique explique presque tout le reste, et il suffit à séparer la réalité de la longue liste de légendes accumulées autour d'elle.

Derrière une réputation bâtie sur des malentendus se cache l'un des mammifères les plus performants de la planète. Elle se repère dans le noir absolu par un sonar naturel, ralentit son cœur jusqu'à une pulsation toutes les trois minutes pour traverser l'hiver, et certaines espèces parcourent plus de mille kilomètres entre leurs quartiers d'été et d'hiver.

Ni chauve, ni souris

Commençons par le nom, qui est trompeur sur les deux points. Une chauve-souris n'est pas chauve : son corps est couvert d'un pelage dense et fin. Et ce n'est pas une souris, ni même un rongeur. Génétiquement, les chiroptères sont plus proches des carnivores et des ongulés que des rongeurs.

Ce qui distingue vraiment l'animal, c'est sa main. L'aile d'une chauve-souris n'est pas une structure séparée comme celle d'un oiseau : c'est une main dont les doigts se sont considérablement allongés, reliés entre eux par une membrane fine et souple appelée patagium. Cette membrane s'étend des doigts jusqu'aux pattes arrière et parfois jusqu'à la queue. Quand une chauve-souris vole, elle bouge littéralement les doigts.

Cette architecture offre une maniabilité qu'aucun oiseau n'atteint. Là où un oiseau doit décrire une courbe pour changer de direction, une chauve-souris peut modifier la forme de son aile en plein vol, pivoter presque sur place et attraper un insecte en pleine trajectoire.

Détail de l'aile d'une chauve-souris montrant les doigts allongés et le patagium

Voir avec les oreilles

L'écholocation est le second trait qui définit l'animal. Le principe est simple à décrire et vertigineux à imaginer : la chauve-souris émet des ultrasons par la bouche ou par le nez, ces sons rebondissent sur ce qui l'entoure, et elle reconstruit une image de son environnement à partir de l'écho qui lui revient.

La précision de ce système dépasse largement la simple détection d'obstacles. Elle permet de distinguer la taille d'un insecte, sa distance, sa vitesse et sa direction de déplacement, le tout en vol et dans l'obscurité complète. Les fréquences utilisées sont trop élevées pour l'oreille humaine, ce qui explique qu'une colonie en pleine activité de chasse nous paraisse silencieuse.

Deux idées reçues tombent d'elles-mêmes. La première : les chauves-souris ne sont pas aveugles. Elles voient, et utilisent leur vue lorsque la lumière le permet. La seconde : l'histoire de la chauve-souris qui se prend dans les cheveux est physiquement absurde, puisqu'un animal capable de repérer un moucheron à plusieurs mètres n'a aucune difficulté à éviter une tête humaine.

Ce sonar naturel a d'ailleurs inspiré les ingénieurs : c'est en étudiant l'écholocation que se sont développées certaines techniques de radar, un exemple classique de biomimétisme.

La chauve-souris en chiffres

Des performances hors norme

  • Une pulsation cardiaque toutes les trois minutes environ pendant l'hibernation, contre plusieurs centaines par minute en vol
  • Une température corporelle qui descend aux alentours de 3 à 6 °C en hibernation
  • Environ vingt heures de repos pour quatre heures de chasse par nuit, à la belle saison
  • Jusqu'à 600 insectes capturés en une heure de chasse
  • Un seul petit par an et par femelle, exceptionnellement deux
  • Une longévité pouvant dépasser trente ans, un record pour un mammifère de cette taille

Ce dernier chiffre mérite un instant d'attention. Chez les mammifères, la règle générale veut qu'un petit animal vive peu de temps : une souris dépasse rarement trois ans. Une chauve-souris de quelques grammes peut en vivre trente. Cette longévité exceptionnelle intéresse d'ailleurs beaucoup les chercheurs travaillant sur le vieillissement.

Une année dans la vie d'une chauve-souris

Le rythme annuel d'une chauve-souris européenne est très marqué, et le connaître aide à comprendre pourquoi on la croise à certaines périodes et pas à d'autres.

Saison Ce qu'elle fait Où elle se trouve À ne pas faire
Printemps Sortie d'hibernation, reconstitution des réserves Quitte les caves et grottes pour des gîtes plus chauds Boucher une ouverture par laquelle elle entre et sort
Été Mise bas et élevage du petit en colonies de femelles Combles, greniers, granges, cavités d'arbres Intervenir dans un comble occupé par une colonie
Automne Accouplement, engraissement, départ vers les quartiers d'hiver En déplacement ; certaines espèces migrent loin Éclairer fortement une sortie de gîte
Hiver Hibernation, métabolisme au ralenti extrême Caves, tunnels, grottes, à température stable La déranger ou la réveiller : cela peut lui être fatal

L'hibernation, un ralentissement extrême

Quand les insectes disparaissent avec le froid, la chauve-souris n'a plus rien à chasser. Sa réponse est radicale : elle réduit son métabolisme à un niveau de survie minimal et vit entièrement sur les réserves de graisse accumulées à l'automne.

Le cœur passe de plusieurs centaines de battements par minute à environ une pulsation toutes les trois minutes. La température du corps s'aligne presque sur celle du gîte. L'animal devient froid au toucher, immobile, et peut sembler mort à qui le découvre.

C'est précisément ce qui rend cette période dangereuse pour elle. Un réveil provoqué par une présence humaine consomme une quantité d'énergie considérable — l'équivalent de plusieurs jours de réserves — et ce coût peut suffire à la condamner avant la fin de l'hiver. La Salamandre rappelle qu'une sortie d'hibernation prématurée expose l'animal à un gaspillage énergétique dont il ne se remet pas toujours.

La règle pratique est donc simple : si vous découvrez une chauve-souris en hibernation dans une cave ou un tunnel, on referme doucement et on s'en va.

Chauve-souris en hibernation accrochée à la voûte d'une cave, immobile

Un seul petit par an

La reproduction des chiroptères est d'une lenteur inhabituelle, et c'est la principale raison de leur fragilité. Une femelle met au monde un unique petit par an, très rarement deux. À titre de comparaison, une souris peut produire plusieurs dizaines de descendants dans le même intervalle.

Les femelles se regroupent au printemps en colonies de mise bas, séparées des mâles, souvent dans un comble ou une grange bien exposés. Le petit naît nu, s'accroche à sa mère, ouvre les yeux vers huit jours et grandit vite : une sérotine passe de quatre à dix grammes en deux semaines. Dans certaines espèces, les jeunes restent accrochés au plafond pendant que les mères chassent, et chaque mère retrouve son petit parmi des centaines d'autres en reconnaissant sa voix. Une colonie de reproduction est tout sauf silencieuse.

Cette démographie lente explique pourquoi la destruction d'une seule colonie a des conséquences durables : une population détruite met des années à se reconstituer, quand elle y parvient.

Mille kilomètres à la force des doigts

Toutes les chauves-souris n'hibernent pas au même endroit que celui où elles ont passé l'été. Certaines espèces migrent, et sur des distances qu'on n'imagine pas pour un animal de cette taille.

La Pipistrelle de Nathusius et la Noctule figurent parmi les plus grandes voyageuses : certains individus rejoignent la région du Léman depuis la Pologne, soit plus de mille kilomètres. D'autres se contentent de trajets plus modestes, comme le Grand murin qui passe l'été en Valais et l'hiver vers Valence.

Fait intéressant, le comportement varie à l'intérieur d'une même espèce : les populations installées au nord se déplacent davantage que celles du sud, qui trouvent sur place des hivers assez doux pour rester.

Une chauve-souris chez soi : que faire

Il arrive qu'une chauve-souris entre par une fenêtre ouverte, ou qu'une colonie s'installe dans un comble. La réaction spontanée est souvent la mauvaise.

Si un individu isolé entre dans une pièce, n'essayez pas de le chasser : cela ne fait que l'affoler. Éteignez la lumière, ouvrez grand la fenêtre, quittez la pièce et laissez-lui quelques minutes pour repartir seul. Dans la très grande majorité des cas, c'est suffisant.

Si une colonie s'installe pour l'été, sachez d'abord qu'elle est généralement de passage : les femelles occupent le gîte le temps d'élever leur petit, puis s'en vont. Le guano qui s'accumule au sol se protège avec une simple bâche, et se récupère ensuite comme engrais. Surtout, toutes les espèces présentes en France sont protégées par la loi : détruire une colonie ou boucher l'accès à un gîte occupé est interdit. En cas de difficulté réelle, ce sont les associations de protection régionales qui accompagnent gratuitement les propriétaires.

Questions fréquentes

Les chauves-souris sont-elles aveugles ?

Non. Elles voient, et se servent de leur vue dès que la luminosité le permet. L'écholocation vient compléter la vision dans l'obscurité totale, elle ne la remplace pas. L'expression « aveugle comme une chauve-souris » est un contresens.

Les chauves-souris boivent-elles du sang ?

Trois espèces seulement se nourrissent de sang, et elles vivent en Amérique centrale et du Sud. Aucune espèce européenne n'est hématophage : toutes celles de nos régions sont insectivores.

Combien de temps vit une chauve-souris ?

Bien plus longtemps qu'un mammifère de sa taille ne le laisserait supposer. Plusieurs espèces dépassent les trente ans, un record qui contraste avec les deux ou trois ans d'une souris de poids comparable.

Que faire si une chauve-souris entre dans la maison ?

Éteignez la lumière, ouvrez la fenêtre en grand et sortez de la pièce. Elle repartira seule dans la plupart des cas. Ne tentez pas de l'attraper à mains nues et ne cherchez pas à la chasser activement, ce qui ne fait que la stresser.

Pourquoi ne faut-il pas déranger une chauve-souris en hiver ?

Parce qu'un réveil pendant l'hibernation lui coûte une part importante de ses réserves de graisse, celles qui doivent la porter jusqu'au printemps. Répété, ce gaspillage énergétique peut lui être fatal.

Un animal qui gagne à être connu

Un mammifère qui vole avec ses mains, entend les formes, ralentit son cœur jusqu'à l'arrêt apparent et vit dix fois plus longtemps qu'un animal de sa taille : la chauve-souris n'a besoin d'aucune légende pour être remarquable. Celles qu'on lui a attribuées ont surtout servi à la faire craindre, et à justifier des destructions dont les populations peinent encore à se relever.

Si la question de sa réputation vous intéresse, nous avons retracé ailleurs l'origine du malentendu, aux côtés des autres animaux associés à Halloween et de leur histoire réelle. Et pour ceux qui préfèrent l'apprivoiser en douceur — les enfants souvent, les adultes parfois —, notre chauve-souris en version doudou et notre modèle aux ailes déployées en donnent une lecture nettement plus câline, disponibles dans notre collection dédiée.

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